Bassékou Kouyaté, le virtuose du n’goni se livre sur sa carrière et sa vie

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Bassékou Kouyaté, le virtuose du n'goni se livre sur sa carrière et sa vie
Bassékou Kouyaté, le virtuose du n’goni se livre sur sa carrière et sa vie

Bassékou Kouyaté est l’un des plus grands musiciens de son temps. L’un des artistes qui représentent la culture malienne un peu partout dans le monde. Avec son meilleur ami, le n’goni qui est son instrument de prédilection, l’homme a fini par se faire une place honorable sur la scène musicale. Entre tournées, travail et repos, il se trouve présentement à Bamako où nous avons pu le rencontrer chez lui. L’homme, dans une interview inédite, répond à nos questions sur sa vie, sa musique, ses relations et le Mali.

RHHM : L’histoire entre vous et le n’goni date de quand ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : Je détiens cet instrument de mon père, feu Moustapha Kouyaté. C’est depuis tout petit que j’ai appris à en jouer. Traditionnellement chez nous, à l’âge de onze ans, on te donne un n’goni. Regarde celui là (Bassékou nous montre un de ses enfants avec son n’goni en main). Mon histoire avec le n’goni date donc de très longtemps.

RHHM : Vous avez réussi à vous faire une place avec le n’goni mais si l’on fait un constat général, cet instrument n’est pas vraiment mis en avant au Mali. Pourquoi selon vous ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : Merci pour cette question car c’est important de rappeler que le n’goni est un instrument très vieux. Il est né avant même Jésus Christ. Nos parents ne l’ont pas promu comme il se devait, c’est juste ça. C’est pourquoi il est resté très longtemps mal connu. Les blancs ne connaissent que moi comme précurseur du n’goni, parce que le destin a voulu que ce soit moi qui le mondialise. Sinon cet instrument est le père du banjo, de la guitare, de la mandoline et de pas mal d’instruments à cordes. C’est de l’Afrique que tout est parti !

RHHM : Vous avez des projets qui vont dans ce sens, le mettre en valeur ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : Bien sur, bien sûr. Le n’goni ne doit pas se limiter qu’à Bassékou. On verra comment faire en sorte qu’il se popularise afin que beaucoup de personnes puissent en jouer.

RHHM : Vous avez eu la chance de jouer au côté de feu Ali Farka Touré, vous l’avez longtemps côtoyé. Parlez-nous un peu de lui…

BASSÉKOU KOUYATÉ : Ali Farka Touré est un grand monsieur avec un grand cœur. Je lui dois ma réussite dans la musique. C’est Ali qui m’a mis en confiance et m’a vraiment donné du courage. Je ne jouais que dans les petits événements moyennant des miettes et il me disait tout le temps : « Bassékou ta main est du diamant noir. Vas en studio, enregistre. ». Je lui disais, mais Ali, je n’ai pas de producteur, je fais comment ? Un beau jour, il m’a dit : « Ok, je viens te chercher on va en studio ». C’est véritablement ce jour que tout est parti. Nous avons enregistré en quelques heures l’album Savane avec d’autres musiciens et chanteurs au studio Bogolan. Ali n’aimait pas trop les répétitions, il préférait improviser et avait l’art de le faire. C’est le meilleur selon moi. De là ou il est, je ne peux que lui souhaiter beaucoup de paix.

RHHM : Vous avez été nominé deux fois aux Grammy Awards. Qu’est ce que cela vous fait de savoir que vous avez votre nom sur la liste de l’une des plus prestigieuses récompenses en matière de musique au monde ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : Trop plaisir. Car cela prouve que j’ai beaucoup travaillé et que je suis sur la bonne voie. C’est pourquoi, je remercie toujours mon pays pour cette culture qu’il m’a donné.

RHHM : Que représente la musique pour le Mali selon vous ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : La musique est l’une des plus grandes richesses que le Mali puisse avoir. Grâce à notre musique, nous sommes connus aux quatre coins du monde. Une fois, en Australie, j’ai dis que je venais du Mali et les gens s’interrogeaient : « Mali, c’est où ça ? ». Mais lorsque j’ai dis que je parlais du pays de Ali Farka Touré, ils ont dit : « Ah oui ! ». Donc la musique occupe une grande place dans l’histoire du Mali. C’est une partie de son identité, voir l’identité même.

RHHM : Amy Sacko ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : Oui, quoi Amy Sacko ? (rire)

RHHM : Parlez-nous un peu d’elle…

BASSÉKOU KOUYATÉ : C’est ma femme. La mère de mes enfants. Quand je l’ai connue, elle était en 9è année. Cela remonte à 25, 30 ans. J’avais une petite moto avec laquelle j’allais stationné devant son école des fois.(rire) Elle m’a toujours soutenu, m’a toujours compris et je pense que tout le monde doit avoir une femme comme amie/Amy. Nous avons fait quatre tournées mondiales ensemble. Elle est une personne très importante dans ma vie.

RHHM : Vous avez d’ailleurs formé un groupe appelé Ngoni Ba dont elle fait partie ainsi que deux de vos fils. Et plusieurs autres membres de votre famille. Vos fils, c’est vous qui les avez obligé à jouer le n’goni ou c’est venu naturellement ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : Je n’ai forcé personne (rire). Quand vous êtes arrivés, n’avez vous même pas remarqué ? Mes fils se sont mis eux-mêmes à jouer de cet instrument. Mon premier fils, après quelques années, a refusé d’aller à l’école. J’ai fais tout mon possible en vain. Il a dit à sa mère, ma femme Amy, qu’il voulait faire de la musique. Le deuxième aussi, après son BAC en science humaine, a dit qu’il préférait plutôt la musique. C’est peut être héréditaire. Ma fille, elle veut étudier, car elle veut devenir juriste. Mais, elle adore chanter. J’ai donc peur (Rire). C’est pourquoi je la mets dans de très bonnes dispositions afin qu’elle puisse s’accrocher à l’école. Elle étudie en Tunisie. Bientôt, je l’enverrai étudier au Canada.

Clip « Siran Fen » de Bassekou Kouyaté & Ngoni Ba

RHHM : Comment définissez-vous la musique ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : Pour moi la musique est un remède tout simplement, un art qui soigne.

RHHM : Bazoumana Sissoko ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : C’est mon grand père, le père de ma mère. Un monsieur très direct qui chantait les réalités de son temps. Un brave monsieur, icône du griotisme au Mali !

RHHM : Quel est le secret de la réussite selon vous ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : Je pense que l’élément clé de la réussite est d’abord la bonne conduite, connaître sa place et celle des aînés. Ensuite, beaucoup travailler, car seul le travail paie.

RHHM : Que pensez vous de Salif Kéïta ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : Grand chanteur avec une très belle voix.

RHHM : Oumou Sangaré ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : Grande artiste aussi, très bonne de cœur.

RHHM : Toumani Diabaté ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : C’est mon ami, mon collaborateur. Un musicien très proche de moi avec un talent remarquable aussi.

RHHM : Quel sont vos projets immédiats et futurs ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : J’aime faire des surprises. Vous le saurez au moment opportun.

RHHM : Monsieur Bassékou, nous allons maintenant parler un peu du Mali. Que pensez-vous de son état actuel ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : Il est très désolant, triste car le Mali porte aujourd’hui un nom qu’il n’avait jamais connu auparavant. Un nom qui le salit et fait par conséquent oublier sa beauté culturelle.

RHHM : Quel message pouvez-vous porter aux maliens ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : Celui de la paix. Il faut se donner la main. Parlons, écoutons-nous et n’oublions pas notre histoire. Un malien n’a pas le droit de tuer un autre malien. On peut revendiquer sans prendre les armes. Le peuple ne doit pas oublier que ceux qui provoquent les conflits, généralement ne craignent rien, car lorsque la situation s’empire, ils sont aussitôt dans les avions pour l’étranger. Jouons carte sur table et soyons très judicieux dans tout ce que nous faisons.

RHHM : Le Mali à votre avis n’est-il pas définitivement divisé ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : Non, je ne le pense pas.

RHHM : Vous croyez vraiment que le Mali peut redevenir comme avant ?

BASSÉKOU KOUYATÉ : Oui, je le pense. Il y a des gens qui se battent avec le cœur, avec amour, qui ont soif du Mali d’avant, qui sont nostalgiques. Avec des gens comme ça nous pouvons croire à l’union dans le futur. Ce sera peut être difficile, mais pas impossible. Le Mali, avec les prières des uns et des autres, ira mieux, s’il plait à Dieu.

RHHM : Votre mot de fin…

BASSÉKOU KOUYATÉ : Merci à vous et beaucoup de courage dans ce que vous faites. Que Dieu bénisse le Mali et tous les maliens. Vive la musique malienne !

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