Les artistes engagés ont-ils du pouvoir ?

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Les artistes engagés ont-ils du pouvoir ? - mercredi 28 septembre 2016
Les artistes engagés ont-ils du pouvoir ? – mercredi 28 septembre 2016

Ils sont plus d’un, courageux, aussi engagés les uns que les autres. Décidés à ne pas rester en marge de la situation difficile que connait le pays, ces portes-paroles du peuple malien, à travers ce qu’ils savent faire de mieux, ont décidé de montrer au reste du monde qu’ils ont le patriotisme dans l’âme.

Si certains ont rejoint le combat il n’y a pas longtemps, les autres le mènent depuis leur début. Chaque album est une satire, une dénonciation des injustices du pouvoir, une peinture réaliste du statu quo de la société malienne. Aujourd’hui, ils sont devenus de véritables modèles. Adulés par la jeunesse et encouragés par la majorité du peuple qui voit en eux, leurs défenseurs, leurs sauveurs. Ces artistes militants répondent aux noms de Master Soumy, Mylmo, Ox-B, Tal B, Ousby Le Parolier, Penzy et Ras Bath… Tous, appartenant à la nouvelle génération.

À l’instar de leurs grands-frères qui, à leur époque, avaient opté pour un rap au discours radical, ils ont décidé de dire à travers leurs œuvres, haut et fort, ce que tout le monde pense tout bas… On se souvient de l’époque où des groupes modèles comme Tata Pound, Les Escrocs, Fanga Fing, Les Pharaons, mais aussi des solos incontournables avec Lassy King Massassy et Amkoullel, dénonçaient avec la dernière énergie les injustices des hommes de pouvoir. Comme référence, nous pouvons citer l’album Révolution du groupe Tata Pound qui, à ce jour, s’inscrit parmi les plus grands classiques du rap malien dans l’art de révolutionner. Une œuvre qui a marqué les esprits et continue de faire parler d’elle malgré les années.

À une époque où les rappeurs axent généralement leurs thèmes sur l’egotrip (sexe, drogue, alcool), ces nouveaux portes paroles, sont à féliciter pour cette ligne empruntée bien que jugé rétrograde. La ligne en question est celle du chemin de combattant pour la libération du peuple. Ils ont compris qu’ils sont le glaive contre le système et sa politique inappréciés, qu’ils sont la voix des sans voix. Mieux, ils ont réalisé que cette musique préférée des jeunes est le meilleur moyen pour mener à bien le combat.

Le régime du président actuel est la principale cible. Accusé de n’avoir pas tenu ses promesses concernant beaucoup de points comme l’emploi des jeunes par exemple, ces rappeurs l’assomment de tout les coups verbaux. Les œuvres de Mylmo à savoir CP1, Yabé 2012, et récemment CP2 sont plus que des pamphlets. Ce sont des dénonciations crues et sévères. Ox-B dans Rien a changé montre que le peuple Malien s’est fait berné à cause de sa naïveté à donner sa confiance à quelqu’un qui n’en valait pas la peine. Penzy lui, a rejoint le combat avec son titres O ma ne kouminai. Tal B, dans son album Sinignèsigui consacre quelques titres à ce combat commun.

En plus du rap, nous avons aussi la chronique radiophonique qui est un moyen très efficace pour lutter. Ras Bath en est la meilleur référence. Ses coups de gueules à travers son émission Carte sur table, sont une sorte de panacée pour les auditeurs qui adorent l’écouter. Certains artistes comme Master Soumy ou Yeli Fuzzo ont toujours soutenu l’orateur. Ils sont devenus ensemble, une sorte d’équivalent des mouvements de contestation pacifique Y’en a marre du Sénégal initié par Keur Gui, Cheikh Fadel Barro et Aliou Sané, ou Le balais du citoyen, crée par les burkinabé Sams’K Le Jah et Smockey.

À noter d’ailleurs, que Master Soumy et Ras Bath sont aussi membres du collectif Les sofas de la république qui compte beaucoup d’autres artistes de la scène hip hop du Mali et qui depuis sa création se bat pour le respect des valeurs de la république. Les actions menées par ce collectif sont diverses et vont dans le sens de la sensibilisation et de la dénonciation. Ils vont sur le terrain quand les circonstances le demandent afin d’être des acteurs à proprement dit.

Ras Bath, son porte parole, est devenu un modèle pour la jeunesse qui était sorti massivement pour demander sa libération lorsqu’il avait été interpellé il y a quelques semaines de cela par le tribunal de la commune IV de Bamako. Lors de cette manifestation, nous avons pu constater à quel point les maliens étaient rongés par la colère. Cette colère liée à l’affaire des 200 000 emplois, du Jet privé qui avait longuement été critiqué et surtout de la récente affaire Ami Kane concernant l’opération de déguerpissement de la ville de Bamako qui, nous pouvons le dire a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Ces artistes en ont tellement parlé qu’on pourrait croire qu’ils débordent d’inspiration en période de crise.

Cependant, ces artistes engagés ne sont parfois pas du même camp. En effet, le courant ne passe toujours pas entre ces messagers du peuple. On se rappelle que Mylmo après l’affaire Ras Bath, avait dit à qui veut l’entendre qu’il ne pouvait pas soutenir un plaisantin parlant de ce dernier. Ce même Mylmo s’est fait attaqué par Ousby Le Parolier dans son dernier morceau CPM1 (Confession du Peuple Malien 1) dans lequel il l’accuse de mener un combat égocentrique.

Chaque chanson véhicule un message plus ou moins engagé. Les artistes ont-ils de l’influence sur le pouvoir en place ? Peuvent-ils participer à leur manière au changement et à l’amélioration des conditions de vie de tout un chacun ? Cette semaine, Master Soumy, Mylmo et Yeli Fuzzo ont reçu chacun une lettre leur annonçant qu’ils seraient prochainement décorés de la Médaille de l’étoile d’argent du mérite national avec Effigie Abeille. Le gouvernement serait-il réceptif aux critiques de ces artistes ?

Pensez-vous que les artistes engagés ont du pouvoir ?

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